La période de transition numérique dans laquelle nous vivons fait apparaitre des enjeux sociaux, économiques, industriels, qui tous ont une résonnance particulière par rapport à la capacité du système éducatif (au sens large) à nous y préparer.

Baignant dans un contexte, celui de l’économie numérique, où la demande des acteurs économiques pour des profils bien formés est supérieure à la capacité du système à les préparer, où l’automatisation des tâches les plus répétitives met sous tension de nombreuses catégories de métiers, nous avons pris l’habitude de mettre à jour les tensions, de raisonner sous forme de dialectiques, de scénarios. Moins simplistes que les prophéties catastrophistes (« les robots remplacent les humains »), moins béates que les prévisions technophiles (« nos capacités cognitives sont augmentées par les machines »), ces alternatives servent à instruire les débats les plus structurants, à tracer des perspectives pour donner un sens social à la technologie. En voici quelques exemples, pour lesquels nous sommes attentifs au positionnement du politique.


L’ECOLE DE LA REPUBLIQUE S’ELOIGNE DE SES IDEAUX FONDATEURS

Les analyses de l’OCDE, comme les classements PISA, mettent régulièrement en évidence que la France se situe dans le groupe des pays qui parviennent le moins bien à compenser l’impact de l’origine socio-économique et ethnique des parents sur la réussite scolaire, puis sur le marché du travail, et ce malgré un niveau d’investissement (en pourcentage du PIB), situé dans la moyenne des autres pays développés.

Cette situation n’est pas soutenable, non seulement humainement, en raison des fortes tensions sociales qu’elle induit (sentiment d’exclusion, perception d’une société figée dans les inégalités), mais aussi financièrement (accroissement du chômage).


EDTECH : “THINK BIG OR GO HOME”

La mutation numérique des outils pour l’éducation et la formation est largement engagée. Un nouveau secteur économique se développe (les EdTech), notamment autour des plateformes d’e-learning, des MOOC, etc… Son potentiel de croissance est important (par exemple, seuls 17% des 55 000 organismes de formations français font du e-learning contre 40% au RU par exemple - source Ipsos).

La conjonction de ces outils numériques, des avancées du traitement de données, et des travaux de recherche en sciences cognitives, représente une opportunité exceptionnelle pour le développement de nouvelles formes pédagogiques d’acquisition des connaissances, tout au long de la vie. La France dispose d’un savoir-faire incontestable, en recherche comme en capacité d’innovation, et les besoins sont immenses.

La concurrence internationale s’exerce sur ce secteur qui n’est plus un domaine protégé, ni par la commande publique (atone), ni par la barrière de la langue (attractivité et puissance commerciale des grandes plateformes américaines, prédominance de l’anglais dans les affaires).


L'acculturation au numérique de chaque individu (les compétences, les pratiques, les usages de la communication numérique et en réseaux) est désormais indispensable à toutes les étapes de sa vie courante. L’enjeu va bien au-delà de la problématique de l’accès aux outils : il s’agit de donner à chacun les clés de compréhension et d’autonomie, la possibilité de s’approprier les règles, les modes de fonctionnement, la « culture » numérique, et d’être ainsi en capacité de maîtriser ses usages et de les faire évoluer selon ses objectifs.

Cette compétence numérique doit également permettre de percevoir les grandes évolutions de notre environnement numérique : la connectivité généralisée, l’automatisation des objets et des services qui nous entourent. Il s’agit pour chacun d’entre nous de comprendre que dans certaines situations, nous sommes susceptibles de parler à un robot, ou d’interagir avec d’autres individus via des algorithmes qui sélectionnent, trient, filtrent les informations. Savoir prendre du recul et se forger ses opinions en individu éclairé devient plus que jamais un enjeu de démocratie.

QUAND MAITRISER L’ALPHABET NUMERIQUE DEVIENT UN ENJEU DEMOCRATIQUE


VERS UNE FORMATION TOUT AU LONG DE SA VIE

L’attractivité des métiers du numérique est bien une réalité. Avec 30 000 recrutements par an depuis 2012, le numérique est le 1er secteur recruteur de cadres en France (source Syntec Numérique). Les entreprises adoptent des modes de production leur permettant de délivrer des produits et services dans un temps court, au plus près des attentes des clients. En plus des compétences technologiques requises pour suivre le rythme de la compétition, la dimension humaine (organisation du travail, management) est primordiale : capacité d’adaptation des collaborateurs, appétence pour une forme d’apprentissage permanent, tout au long de la vie.

Cette demande des acteurs économiques est d’ores et déjà confrontée à de nouveaux enjeux : adéquation des cursus de formation aux besoins des entreprises et à la mutation rapide des compétences, pénurie de profils sur les nouveaux métiers, déficit d’attractivité des entreprises françaises pour les profils à haut potentiel sur un marché mondial.


L’impact de la numérisation et de la robotisation de la production sur l’emploi est réel. Si on estime que moins de 10% des emplois existants disparaissent complètement dans un contexte de forte automatisation, 50% vont évoluer de façon significative à très importante (source COE). Par ailleurs, le progrès technologique continue à favoriser l’emploi qualifié et très qualifié.

Par ailleurs, face au constat du ralentissement de la croissance de la productivité du travail, il n’y a pas de consensus des analystes. Pour certains, c’est la rapidité avec laquelle l’innovation se diffuse dans la société, dans les entreprises et les services publics (pas assez d’investissement), auprès des individus (manque de formation) qui est insuffisante. Pour d’autres, c’est la nature même des innovations technologiques qui n’est pas assez transformatrice pour tirer la croissance, dans un contexte de forte pression sur les facteurs énergétiques et environnementaux. Dans les deux cas, le renforcement significatif de la formation et son adaptation aux besoins de l’économie sont les invariants fondamentaux des scénarios de sortie de crise.

AUTOMATISATION : MOINS DE TRAVAIL ?  PLUS DE QUALIFICATIONS !